L’examen psychologique de l’enfant

 

La psychologie clinique : brefs rappels historique

La psychologie clinique, telle qu’elle se pratique en France, est attachée aux noms de Daniel LAGACHE et Juliette FAVEZ-BOUTONNIER, tous deux médecins psychanalystes et philosophes. Ce triple ancrage lui donne son caractère particulier, fait d’une tension entre un pole “objectif” qui serait représenté par l’utilisation de tests et un pole “subjectif” représenté par la situation d’examen. Dans les deux cas, il s’agit d’une situation clinique, c’est a dire la saisie singulière d’un individu “en situation” par un autre individu.

Ce trépied, on peut le détailler rapidement. 1. De la médecine, elle hérite une méthode – la clinique – et un objectif – diagnostiquer et guérir (D. LAGACHE). Mais la ou le médecin palpait, auscultait, percutait et écoutait, le psychologue conduit un entretien et utilise, si besoin, des tests. 2. De la philosophie, elle tire une conception de l’homme, principalement phénoménologique : chaque sujet est unique et aucun vécu n’est réductible à un autre. 3. De la psychanalyse, une conception du fonctionnement psychique en termes de forces et de conflits se déroulant en des lieux et pouvant se traduire en symptômes.

Le terme clinique est hérité de la médecine : si le psychologue est dit clinicien, c’est autant parce qu’il sort de son laboratoire pour rencontrer l’autre dans des situations “naturelles” que parce qu’il rencontre des personnes présentant des troubles ou des difficultés psychiques. Est donc clinicien le psychologue qui rencontre des personnes en situation totale et concrète, contrairement à la situation de laboratoire où ce sont des variables qui sont manipulées.

Il y a eu, au cours de l’histoire de la discipline, un déplacement de son centre de gravité. La psychanalyse, qui était a ses frontières comme une “ultra-clinique” est petit à petit devenu son noyau dur, la confrontant au risque de n’être plus qu’une sorte de cytoplasme mou((Mouvement du à l’histoire de la psychanalyse en France, comme le montre bien Claude-M. PREVOST in La psychologie clinique, Que sais je. ? )). Les choses sont aujourd’hui plus diversifiées, et la psychanalyse est redevenue un modèle théorique, parmis d’autres, de la psychologie clinique. La psychanalyse avait été appelée a cette place du fait d’une série d’oppositions qui étaient vécues comme des impasses : des points de vue (naturaliste vs humaniste), des champs (psychologie expérimentale vs médecine), des pôles de la personnalité (le comportement vs la sphère affective). Cela a eu pour effet immédiat un enrichissement de la discipline, tant du point de vue de la technique (l’entretien, les tests) que du point de vue doctrinal.

L’unité de la psychologie qu’appelait de ses voeux D. LAGACHE ne peut donc être obtenue qu’en maintenant un équilibre entre des forces qui sont parfois opposées. Mais y a t il une autre solution ? Ce que l’on appelle une personnalité, n’est ce pas non plus un équilibre entre des forces internes et externes ? Ce que cette personnalité peut avoir d’unique, de singulier, d’irréductible à l’autre, sera exploré aussi complètement que possible à l’aide d’entretiens ou de tests. Il ne s’agit pas d’exclure la subjectivité, ni même de la réduire mais de la mettre au coeur du projet de la psychologie clinique, c’en faire son objet d’étude : un sujet, le psychologue, tente de comprendre un autre sujet, le consultant, et il e fait avec les techniques et les méthodes de sa discipline, mais également avec ce qu’il est comme sujet. C’est la, au coeur de la subjectivité, de l’individuel, que la psychologie clinique rencontre l’universel, et partant, fonde sa scientificité.

Elle a pour objet “l’étude de la conduite humaine individuelle et de ses conditions (hérédité, maturation, conditions psychologique et pathologiques, histoire de la vie) en un mot l’étude de la personne totale “en situation “. (LAGACHE) Elle utilise comme technique l’entretien et les tests.

L’individu pris dans sa concrétude, tel est l’objet de la psychologie clinique : “La psychologie clinique est caractérisée par l’investigation systématique et aussi complète que possible des cas individuels”.((D. LAGACHE, L’unité de la psychologie, p. 70, Quadrige / P.U.F.))

L’entretien clinique

L’examen avec l’enfant se déroule dans une situation pré-établie et donc dissymétrique.: le psychologue connaît le cadre ou se déroule la rencontre, alors que l’enfant va le découvrir peu a peu. Qu’il soit reçu avec sa mère, ou seul, qu’il se mette immédiatement à parler ou qu’il se tienne coi, qu’il utilise le matériel ou le regarde avec envie, qu’il évite le regard ou se lance dans l’escalade du psychologue, ses premières réactions sont importantes car elles renseignent sur ses modalités relationnelles. A cette dimension inter-personnelle, s’ajoute la dynamique intra-personnelle de l’enfant, c’est a dire les conflits, les mécanismes de défense et l’angoisse qui poussent l’enfant à ce type de relation. Les modalités de contact de l’enfant, renseignent sur son intelligence, ses projections quant a l’avenir, son monde imaginaire, l’équilibre entre les mécanismes de défense, l’angoisse, les difficultés auxquelles il a a face, et le désir qu’il a ou non, d’y changer quelque chose

Cette première rencontre, réactive avec plus ou moins d’intensité et plus ou moins de profondeur, les autres première fois; elle se précipite, de façon presque archétypale, dans la rencontre avec l’Autre. Cette réactivation amène l’enfant a répéter, dans la dimension transférentielle, les modalités relationnelles qui le caractérisent le mieux. Elle donne, en quelque sorte, une épure du sujet.

Cette dimension transférentielle n’est pas présente uniquement lors de la première rencontre. Dynamique et vivante, elle se modifie et se teinte de couleurs affectives qui peuvent être différentes au cours des rencontres successives et même à l’intérieur d’un même rendez-vous. Elle est également partagée par les parents, dans le registre qui leur est propre. L’enfant, en effet, ne vient jamais seul. Il est accompagné par des parents qui consultent pour lui, c’est a dire aussi dans le sens d’une méconnaissance de leurs propres difficultés1 Que le constat d’une difficulté de l’enfant soit de leur fait ou externe (le plus souvent l’école), leur narcissisme en est affecté et cela teinte les relations qu’ils vont nouer avec le psychologue. Cette polyphonie transférentielle (et trans-générationnelle) met en cause les parents et l’enfant, dans les registres réel, symbolique et imaginaire, et se vectorise sur la personne du psychologue.

Les éléments d’anamnèse recueillis auprès des parents, permettant de reconstruire l’histoire de l’enfant, au-delà même de sa naissance et les avatars de son développement psycho-moteur. Pour reprendre une image, chaque enfant naît avec un jeu de cartes : son patrimoine génétique, son histoire, son environnement. Cette main de départ, qui le fait grand ou petit, bien ou mal venu, dans une famille tolérante ou pas, pour donner quelques configurations, est un univers de possibles que l’enfant va jouer avec plus ou moins de brio. Certains, avec un jeu qui semble à priori défavorable, font des merveilles. D’autres échouent à utiliser les cartes que leur donne un jeu plus ouvert…

La catamnèse, c’est a dire le recueil des événements récents, permet de saisir la nature de la conflitualisation en jeu, son intensité, et les résonances qu’elle provoque dans l’environnement. S’agissant d’enfant, la place de l’école, ses attentes, et les représentations qu’en ont les parents sont également importantes.

Ce souci porté au réel fait la ligne de partage d’avec le psychanalyste dont la pratique se limite à l’écoute du fantasme. Si la psychanalyse ne prend en compte que les éléments du passé, il faut ajouter qu’il s’agit du passé tel que se le représente le patient – un passé intériorisé, romanesque même, lorsque l’on se trouve dans le champ de la névrose et qui constituent le théâtre privé, avec ses personnages, qui, en coulisses, agissent sur sa vie actuelle. Un passé qui ne passe pas.

Les tests

L’utilisation de tests est relativement ancienne. La première échelle de mesure de l’intelligence a été commandée à A. BINET et SIMON au début du XX ième siècle. Il s’agissait alors de repérer les enfants présentant un retard de développement afin de leur proposer une pédagogie adaptée. Les tests se sont depuis affinés et développés au-delà de la simple saisie de l’intelligence avec l’utilisation de test de personnalité (Rorschach, C.A.T, Patte noire etc.) qui donnent une vue globale sur le fonctionnement psycho-affectif de l’enfant.

On distingue généralement test de niveau et test de personnalité. Les premiers visent à saisir le fonctionnement cognitif de l’enfant et a le comparer à une population normée statistiquement. A cette démarche naturaliste, découpant le fonctionnement psychique en grandes fonctions, s’oppose la démarche plus humaniste des tests projectifs (où tests de personnalité) qui eux visent a saisir la personnalité dans son ensemble. L’opposition n’est bien sur qu’académique, tant il est évident que des difficultés affectives ont un retentissement cognitif ou que des troubles de la pensée vont peser sur le fonctionnement affectif.

La séparation entre ces types de tests est purement académique, tant il est évidement que le fonctionnement affectif intervient dans l’efficience intellectuelle et que l’intelligence peut avoir un rôle régulateur de l’affectivité. L’intérêt de tels tests réside moins dans le recueil de données brutes qui classeraient l’enfant dans une série, que dans la compréhension de ce qui est pour lui problématique, des stratégies qu’il utilise, de leur efficience où des potentialités qui restent encore en silence chez lui.

Leur administration et leur interprétation prennent en compte des éléments cliniques. Il y a une nécessaire diplopie à maintenir d’un coté ce que les tests doivent avoir de standard (temps de passation identiques, instructions semblables, uniformité, utilisation d’échelles numériques) et la prise en compte de la valeur de cette situation de test comme rencontre. Par ailleurs, c’est pour la rendre possible, dans des contextes d’inhibition, qu’ils sont parfois proposés. Ils ont alors valeur de médiateur entre deux sujets et, dans le meilleur des cas, permettent l’instauration d’une aire transitionnelle ou des échanges deviennent possibles.

Conclusion

Le bilan psychologique de l’enfant permet de construire une représentation du fonctionnement psychique de l’enfant, des difficultés auxquelles il est confronté et des moyens dont il dispose pour y faire face. A partir de là, une aide peut être proposée en termes de psychothérapie (individuelle ou de groupe) ou de rééducation psychothérapeutique (psychomotricité, orthophonie, psycho-pédagogie).

Il vise l’accueil et la compréhension d’un enfant confronté à telle où telle difficulté. En ce sens, elle peut avoir des effets thérapeutiques – cf. la consultation thérapeutique de Winnicott – ou à tout le moins elle anticipe sur ce que pourra être un traitement des difficultés qui ont motivé la consultation. C’est dire que l’évaluation diagnostique est importante car les propositions d’aide varieront en fonction des troubles constatés, de l’age de l’enfant et de sa demande.

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  1. C’est ainsi que la crise d’adolescence s’accompagne banalement d’une crise des parents. []