L’entretien bilan avec l’enseignant

 

Les parents semblent les mieux placés pour s’informer des difficultés de leur enfant auprès des enseignants et assurer des rencontres régulières. Il existe cependant des situations sensibles et complexes pour lesquelles un lien C.M.P.P / école peut s’avérer utile.

Les relations avec le milieu scolaire sont alors définies comme relevant d’activités particulières pouvant s’avérer indispensables à l’insertion scolaire de certains enfants ou à la mise en place de conditions satisfaisantes pour l’instauration d’un lien étroit entre la famille et l’école.

Dans ce dispositif, l’enseignant de la classe, acteur principal auprès de l’enfant, occupe une place de partenaire privilégié du service de soins.

Il paraît alors essentiel que les échanges s’effectuent dans un cadre théorique bien défini et sur des bases de reconnaissance mutuelle. En effet, l’école et le C.M.P.P ont des missions et des statuts distincts. L’enfant reçu au C.M.P.P est un patient alors que l’enfant qui apprend est un élève. Les lieux différents déterminent d’une part des espaces de thérapie et d’autre part d’éducation. Chacun des intervenants doit donc avoir une vision claire de son rôle auprès de l’enfant afin de pouvoir articuler les différentes fonctions. En fait, il s’agit de repérer la place du symptôme du sujet, ce qui renvoie les deux professionnels à des positions structurales différentes :

- L’enseignant en souffrance, empêché dans son enseignement

- Le thérapeute contraint à travailler la demande qui lui est adressée

La problématique consiste donc à définir comment des professionnels de disciplines différentes peuvent interroger ensemble la question du symptôme en se questionnant sur ce qui ne va pas.

Nous sommes là confrontés un travail sur la globalité de l’enfant en souffrance qui conduit à :

- la recherche de prise de sens

- l’analyse des déplacements et des répétitions

- la mise place d’une démarche souple adaptée à la circularité des phénomènes, mais qui doit rester suffisamment rigoureuse pour permettre la découverte de liens multiples

- l’élaboration d’hypothèses sur l’évolution future de l’enfant, en évitant de les figer, car l’avenir d’un sujet échappera le plus souvent à nos prévisions

- la conscience des limites des savoirs et des pouvoirs dans les champs d’intervention

L’objectif de cette relation soignant/enseignant vise à tenter d’éviter les incohérences des actions et les ruptures inutiles. Il cherche à déterminer une zone commune entre ceux qui soignent et ceux qui éduquent.

Mais ceci n’est pas toujours possible ni même souhaitable. Parfois, Certaines familles ne désirent pas que l’école soit informée de l’intervention du service. C’est une décision qui doit être respectée et que le statut médical du C.M.P.P lié au secret professionnel ne permet pas de transgresser.

► Les échanges avec les enseignants

Le plus souvent, lorsqu’ils conseillent une consultation en C.M.P.P, les enseignants ont une connaissance assez précise des fonctionnements et des prestations possibles ( R.A.S.E.D, services de soins, professionnels libéraux…). Ils envisagent principalement un travail psychothérapeutique. Par contre on peut regretter que, pour certaines situations, des enseignants déjà fixés sur des troubles dyslexiques ou psychomoteurs, adressent les parents avec une indication unique d’orthophonie ou de psychomotricité. Dans ce cas de figure, les possibilités d’interventions pluridisciplinaires du service sont alors limitées, voire compromises.

En règle générale, les maîtres espèrent que les éléments diagnostics fournis par le centre les aideront à mieux comprendre le fonctionnement de l’enfant afin d’adapter leur démarche .

Dans le cours du suivi thérapeutique, les enseignants n’attendent pas la description d’une thérapie qui ne leur serait d’aucun secours. Ils sont plutôt en demande d’une écoute et de conseils quant à la patience nécessaire, quant au regard attendu et quant à l’attitude souhaitable.

Il arrive aussi que l’école se pose la question d’une orientation. Après en avoir parlé avec la famille, le centre peut alors donner un avis. Celui-ci n’est pas toujours convergent avec celui des maîtres, mais favorise une vision plus globale du problème et élargit le champs des possibilités.

Le C.M.P.P est en demande d’informations sur les difficultés de l’enfant dans le contexte scolaire et dans le groupe de ses pairs (durée des moments, partages, classe, contexte social…) L’enseignant peut aussi rendre compte des apprentissages et de la transmission des connaissances et des méthodes de travail référées à des compétences et à des objectifs pédagogiques.

Par ailleurs, il a la possibilité de définir les problèmes scolaires en cherchant à les réduire dans le cadre d’une prévention (conseil aux parents pour l’accompagnement, soutien, remédiation, activités d’éveil et artistiques valorisantes …)

Le C.M.P.P attend donc de l’enseignant, agent de l’école, qu’il continue à garantir sa fonction au sein du pôle scolaire. Qu’il veille à ce que le jeune suivi à l’extérieur reste bien son élève, avec les mêmes droits aux apprentissages que les autres dans la classe.

Enfin, il y a toujours un travail à faire avec le maître pour qu’il considère que l’être humain qui est son élève est aussi un enfant. Ceci le conduit à reconnaître les parents comme exerçant effectivement leur fonction parentale. Il est évident qu’une telle démarche n’est pas si facile.

Enseignants et parents sont dans la difficulté de saisir la globalité du problème posé par l’enfant. Ils sont la fois saisis par les enjeux et confrontés à un sentiment douloureux et irritant d’incompréhension devant ses attitudes. Le décodage progressif de ses besoins, de ses manques, de ses conflits, de ses peurs ne peut se faire que par la  médiation  d’un « ailleurs » contenant.

Le C.M.P.P peut constituer cet espace qui s’offre à l’enfant et à sa famille. Il s’agit alors d’une aire transitionnelle dans le sens où WINNICOT l’a définie comme :  « espace neutre d’expérience non contestée ». Cette aire se situe entre le dedans et le dehors et permet de réapprivoiser les parties de soi piégées dans la répétition.

En effet, le C.M.P.P constitué par la diversité des compétences et du fonctionnement d ‘équipe, permet une ébauche de compréhension plus synthétique du problème (observation, diagnostic, suivi…). Il est alors en mesure de favoriser des échanges conduisant à une meilleure connaissance du fonctionnement de chacun. Cela constitue un réel travail de prévention secondaire avec effets multiples.

Si la confiance entre les partenaires peut se fonder sur de telles bases, elle pourra permettre de modifier progressivement les représentations souvent déformantes des uns et des autres.

► Modalités de liaisons avec les enseignants 

Il est difficile d’avoir une attitude systématique à l’égard des écoles et des enseignants. Les interventions doivent être modulées suivant les cas particuliers des demandes ou des décisions prises lors des réunions de synthèses. Comme déjà indiqué, les échanges ne se font qu’à l’initiative ou avec l’accord de la famille.

Les types de demandes peuvent venir :

- de l’enfant, des parents

- d’une des personnes de l’équipe ayant participé au bilan

- de l’enseignant

- du thérapeute durant le suivi

Les lieux des échanges sont :

- les établissements scolaires

- les locaux du C.M.P.P

Les professionnels concernés :

- le thérapeute s’il le souhaite,

- le Directeur Pédagogique et Administratif qui, de par sa culture d’enseignant, exerce une fonction didactique de clarification, d’explicitation, d’interface.

- le Directeur Médical qui, par ses connaissances des réalités psychanalytiques du fonctionnement psychique et celles des inscriptions symboliques et scolaires dans le développement de l’enfant, permet une prise en compte de cette composante du sujet pour adapter les moyens de compréhension et d’aide.

- une personne de l’équipe missionnée pour une situation particulière (rééducateur en psychopédagogie ou autre intervenant).

Les conditions des échanges :

a) Durant le bilan/ diagnostic :

Dès leur premier entretien au centre, certains parents ou le professionnel qui les reçoit, peuvent souhaiter une liaison C.M.P.P/école. Une première rencontre avec l’enseignant permet alors de préciser les éléments scolaires. Il s’agit de la participation du maître au recueil et à l’observation de la clinique (acquisitions, comportement à l’école, relation famille/enseignants…). Ces données sont particulièrement précieuses pour éclairer le travail de synthèse effectué par l’équipe pluridisciplinaire du service. Après décision, un retour d’information est fait à l’école.

b) Durant la prise en charge :

L’enfant et les parents demandent au thérapeute d’effectuer un lien avec le maître. Le thérapeute peut le réaliser lui-même mais, le plus souvent, il propose l’intervention du Directeur pédagogique et administratif.

L’enseignant, après accord des parents, prend contact avec le centre. Des entretiens sont alors mis en place pour une mise en commun des points de vue sur l’enfant. Ces échanges permettent alors une mise en perspective des évolutions, progrès ou des régressions constatés par chaque professionnel. Cette démarche s’avère souvent très enrichissante pour les deux partis.

L’observation statistique des liaisons C.M.P.P/ école de ces dernières années a montré une progression des demandes. Même s’il apparaît que, pour des situations particulières, les maîtres ne doivent pas être associés à ce travail, dans d’autres cas, celui-ci s’avère très utile. Il peut aider l’enfant à franchir un certain nombre d’étapes afin d’aborder l’école avec plus de tranquillité et de disponibilité.

De plus, les échanges entre enseignants et membres du C.M.P.P pourront s’avérer extrêmement féconds pour d’autres enfants qui ne viendront pas en consultation. L’enseignant aura compris à partir d’un cas clinique pour lequel il aura été impliqué de façon positive, qu’il peut permettre à un enfant de franchir un barrage avant que celui-ci ne devienne trop efficace.

Certes, le tissu social reconnaît quelque part le C.M.P.P, mais il convient de prendre en compte le facteur mobilité des personnes. Les enseignants changent souvent et il faut fréquemment recommencer le travail de compréhension et d’échanges. Ceci est particulièrement vrai pour les jeunes professeurs des écoles peu formés sur ces questions. Pour ces raisons, nous proposons régulièrement notre participation aux sessions de formation des I.U.F.M

Enfin, il y a nécessité prévoir des aménagements pour les longs délais d’attente de la consultation. De même que nous envisageons de réorganiser l’accueil et le premier entretien, une réflexion pourrait être engagée sur la sensibilisation des enseignants à ces difficultés et à l’aide susceptible de leur être apportée. En effet, à l’occasion de situations particulières ou urgentes présentées par les familles, des entretiens préliminaires seraient possibles avec les maîtres. Cette première approche présenterait l’intérêt de ne pas laisser enfant/famille/école sans écoute durant une trop longue période.

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