LA LIGUE DES DROITS DE L’HOMME
section de Périgueux, vous invite à un échange avec
Guillaume le BLANC
Professeur de philosophie à l’Université Bordeaux III
“L’INVISIBILITE SOCIALE"

« Le visage où autrui se tourne vers moi, ne se résorbe pas dans la représentation du visage. Entendre sa misère qui crie justice ne consiste pas à se représenter une image, mais à se poser comme responsable. » E. LEVINAS, Totalité et infini.
MARDI 16 FEVRIER 2010 à 20h
BIBLIOTHÈQUE DE PÉRIGUEUX AMPHITHÉÂTRE JEAN MOULIN
Les échanges et les débats seront animés par la Ligue des Droits de l’Homme et le Collectif de Réflexion et d’Action sur les Souffrances Psychiques et Souffrances Sociales.
La librairie MARBOT proposera les ouvrages de Guillaume le BLANC, dont le dernier paru, L’invisibilité Sociale.

Avec l’aide de la Mairie de Périgueux
ARGUMENT
Facilement, des empreintes sur le sable, ou des inscriptions obscures sur un mur, font démarrer l’appareil psychique à penser, à imaginer, à jouer avec des hypothèses de représentations, avec des identifications, et avec des projections de désir ou de fantasmes quand à la nature de l’autre pour nous. Il y a quelque chose à voir, et à comprendre, peut être à faire.
A l’inverse, de multiples visages, et de multiples appels sont obstrués, non seulement dans, mais par, l’organisation sociale, et par l’organisation sociale intériorisée individuellement.
Les sans-papiers, les sans-logement, les sans-travail, les sans-participation sociale, sont conduits à ressentir et à penser que leurs vies ne valent pas grand-chose, de presque rien à moins que rien. De plus, l’insécurité sociale entretient le risque, le risque d’avoir une vie considérée de honte, alors que le sentiment de honte est induit par la délégation de responsabilité de l’organisation sociale qui s’en lave les mains.
Fedor DOSTOÏEVSKI était heureusement tourmenté par les formes les plus décomplexées de la négation de l’autre ; Jacques SEMELIN a analysé les formes extrêmes de la purification : « la construction de cette communauté du « nous » va s’opérer au prix du rejet d’un « Autre » perçu comme un « eux » » ; Albert CAMUS n’utilisait pas pour rien le qualificatif d’étrange : « La révolte ne peut se passer d’un étrange amour » ; Hannah ARENDT nous a indiqué aussi qu’il y a à décider : « nous devenons égaux en tant que membres d’un groupe, en vertu de notre décision de nous garantir mutuellement des droits égaux. » ; le psychiatre Jean FURTOS, Directeur de l’Observatoire national des pratiques en santé mentale et précarité, indique que « la grande caractéristique de la souffrance psychosociale est qu’elle ne fait pas l’objet d’une demande directe. »
Alors, dans son dernier ouvrage, L’INVISIBILITE SOCIALE, Guillaume le BLANC analyse les modalités du travail de relégation de membres de notre espèce humaine et propose une clinique de la restauration de l’humain, non pas par l’adaptation, mais par la participation visible et critique des contenus et voix des vies invisibles.
Pour lui, « la visibilité et l’invisibilité ne sont nullement des qualités naturelles mais des modes sociaux de confirmation ou d’infirmation des existences […] le subalterne, le précaire, l’exclu sont alors de moins en moins audibles, de moins en moins visibles. Il est urgent que la philosophie prenne le parti des sans-voix et des invisibles si elle veut contribuer à une critique de la normalité sociale […] car une vie cherche moins à être reconnue qu’à faire œuvre, à pouvoir participer de manière irréductible à la cité. »